—En avant!
Et chacun, pour obéir à ce commandement, oblique à droite ou à gauche, à la recherche de la ligne courbe qui là-bas, à travers l'interminable tohu-bohu de hummocks, d'icebergs et de floebergs, semble sinon le chemin le plus court d'un point à un autre, du moins, le seul praticable.
En avant! cela veut dire obliquez sur l'un ou l'autre flanc, tournez, virez, cherchez le passage, escaladez, glissez, allez parfois en arrière!...
Cependant, comme le fait observer le Parisien dont l'entrain et la gaieté ne désarment pas, la route se tire.
A tel point que, malgré un chemin d'enfer, le capitaine peut, le premier soir, pointer sur sa carte, treize milles dans la direction du Nord, soit vingt-quatre kilomètres, soixante-seize mètres.
C'est un succès inouï, stupéfiant, inespéré, dû exclusivement à la vigueur des hommes, à leur endurance, à leur indomptable énergie.
Les deux Basques, nés en pleine montagne, font merveille. Le Parisien, en véritable faubourien mâtiné de singe, passe partout. Chez Dumas, la vigueur musculaire supplée au manque d'habitude. Quant au capitaine, sa qualité d'ascensionniste, membre du club alpin français, dispense de tout commentaire.
Pour coucher, on improvise, d'après les conseils donnés par Oûgiouk, avant le départ, une maison de neige, un simple trou sous lequel sont enfournés les lits et le matériel.
Les chiens, attachés au traîneau, demeurent préposés à sa garde, au cas bien improbable de rencontre avec des maraudeurs à quatre pattes.
Il semble en effet qu'il n'y a aucune terre à proximité, car on ne rencontre ni mammifères, ni oiseaux. C'est la solitude absolue, troublée seulement par les craquements de la glace, craquements qu'on ne remarque même plus, tant ils sont devenus une habitude, comme l'acte de la respiration auquel on assiste sans y prendre garde.