Les Basques, stoïques, jurent: capédidiou! et s'arrachent, blancs du neige en cherchant leur capuchon et leurs lunettes.
Dumas épuise la série des jurons provençaux et déclare que, comparé à son pays, le pôle est un endroit idiot.
Le Parisien nargue les chutes et chante, quand cela va très mal, le refrain d'une chansonnette bébête qui fit jadis les délices des petits cafés-concerts:
Par les sentiers remplis d'ivresse
Allons ensemble à petits pas...
Insensible à tout, n'ayant en vue que l'objectif dont il se rapproche à chaque enjambée, dominé par l'unique pensée qui est sa vie, le capitaine en dehors du bien-être—oh! très relatif—de ses hommes, et de l'aide qu'il leur prodigue à chaque instant, marche comme un illuminé.
Un choc un peu plus violent, une chute plus rude, un propos ou plus drôle ou plus salé l'arrachent un moment à cette sorte d'hypnotisme.
Il donne un coup d'épaule pour déhaler le traîneau, tend la main à l'homme aux trois quarts assommé, ou sourit complaisamment à quelque bonne bourde bien épaisse, puis de nouveau se creuse entre ses sourcils le pli longitudinal indiquant la pensée intense, tenace, implacable.
A mesure qu'on avance, cette préoccupation semble plus vive.
Le 28, on a parcouru vingt-cinq kilomètres, et le 30 vingt-neuf!... Total, depuis le départ, quatre-vingts kilomètres!...
Celui qui verrait l'état du chemin parcouru crierait à l'impossibilité, tant ce tour de force paraît incompatible avec la faiblesse des moyens humains.