Certes, jamais les dix mille conduits par Xénophon ne poussèrent de meilleur cœur, à l'aspect des flots du Pont-Euxin, le cri suprême de joie et de délivrance renfermé dans ce mot résumant toutes les angoisses d'hier, toutes les espérances de demain:
—Thalassa!... Thalassa!...
Le capitaine qui vient après, et avec lui Dumas, Elimberri et Itourria, s'arrêtent et s'écrient aussi:
—La mer!... La mer!...
De ce poste élevé, ils aperçoivent une magnifique étendue d'eau, s'étalant à perte de vue et sur laquelle flottent, en petit nombre, des glaçons probablement détachés de la vieille banquise paléocrystique finissant brusquement là, sous leurs pieds.
Ils aperçoivent une magnifique étendue d'eau...
A droite et à gauche, les monticules bleuâtres, les collines poudrées de neige s'allongent en une ligne déchiquetée formant le rivage de cette mer intérieure, d'où n'émerge, du moins à première vue, nulle terre, nul îlot, pas même un roc, rien.
C'est la solitude absolue que n'animent ni les ébats bruyants des mammifères arctiques, ni les randonnées capricieuses des oiseaux polaires sans doute retenus là-bas par les rigueurs d'un tardif hiver.
C'est aussi le silence, car les flots sont immobiles, et frissonnent à peine au pied des floebergs qui se dressent comme des spectres sur les eaux glauques.