C'est le 1er mai 1888.

Cependant le capitaine, en dépit de son calme habituel, demeure soucieux, presque sombre, à mesure que le mouvement rythmique des rames le rapproche du point dont la direction lui est indiquée par les instruments de navigation.

Et pourtant le bateau se comporte admirablement, aussi bien que la meilleure des chaloupes. Les glaces flottantes se font de plus en plus rares et laissent à peu près libre tout l'espace visible. Enfin, les flots sont unis comme un miroir, au point que l'embarcation semble glisser sur un étang.

Les matelots, voyant la préoccupation inquiète de leur chef, gardent le silence et n'ont plus de ces bonnes plaisanteries parfois un peu grasses, qui rompaient la monotonie du voyage.

Seul, leur halètement de geindre pétrissant le pain marque, d'un bruit de hoquet, l'effort qui produit la propulsion de l'esquif par les rames.

Les chiens tapis en rond, vautrés dans une béate paresse, dorment au soleil de −12°; une vraie température de printemps qui, pour un peu, les ferait souffler et tirer la langue, tant leur organisme boréal est habitué aux froids terribles de la région.

Une heure s'écoule, puis deux.

L'instant solennel approche. Le capitaine se lève debout, monte parfois sur son banc, et regarde avidement l'horizon.

Puis il se rassied en fronçant le sourcil.

Mais cet horizon est si borné, grâce à la faible élévation du bateau, que l'officier espère encore apercevoir ce mystérieux quelque chose qui semble lui tenir si fort à cœur.