«L'écueil n'est pas un écueil... c'est...
—Achève!
—Une baleine franche, immobile et morte sans doute!...»
Rien de plus réel, et chacun peut vérifier bientôt l'assertion du marin.
L'avant de l'embarcation qui file plus lentement, vient heurter une masse dure comme de la glace et presque aussi sonore.
Plus de doute! c'est bien une baleine. Voici ses yeux entr'ouverts et gelés dans l'orbite, sa gueule avec les fanons en forme de peigne, dont les dents colossales sont soudées par une croûte de glace. L'échine immense qui émerge comme la quille d'un bateau retourné résonne sous un coup d'aviron lancé par un matelot, comme si l'homme frappait un madrier de bois tendre.
D'où vient ce monstre immobile sur la mer intérieure circonscrite par les glaces polaires. Par quelle brèche a-t-il pénétré jusqu'à ces eaux d'où les animaux aquatiques, petits ou grands, semblent bannis! Après quelle agonie, ce géant captif a-t-il succombé au milieu des flots stériles et déserts!
Machinalement, le baleinier saisit un croc et, sans penser davantage, en porte un coup violent, dans le flanc du cétacé, un peu au-dessus de la ligne de flottaison.
Contre son attente, le fer pénètre profondément dans la masse dont la périphérie est gelée à une profondeur moins considérable qu'on ne l'avait supposé tout d'abord.
Etonné, le baleinier retire vivement son croc dont le fer recourbé a fait dans le tégument brun une large brèche.