Pour la première fois l'infaillible tireur, exténué par l'effroyable jeûne et brisé par la fièvre, manque son but.

La balle frappe non loin de l'animal et fait voler un éclat de glace.

Le lieutenant met en joue à son tour et manque également la bête qui pousse un long hurlement, et accourt de plus belle, en dépit des balles qui sifflent près d'elle et des coups de feu qui retentissent.

Dumas recharge son arme en un clin d'œil et jure, furieux de sa maladresse.

Mais le Parisien, dont la figure prend en un moment une expression d'étonnement et de joie indicibles, relève la carabine et s'écrie:

—Pompon!... mon pauvre chien...

A ce mot proféré, par une voix bien connue, l'animal qui n'est plus qu'à une centaine de mètres s'élance, franchit en quelques bonds flaques et fondrières, accourt, jappant, éperdu, la langue pendante, fou de joie et se jette sur son ancien maître qu'il étouffe de caresses.

—Pompon!... mon toutou!... ma bonne bête, c'est donc toi, dit le jeune homme qui rit et pleure tout à la fois, pendant que le chien, jappant toujours, sautille de l'un à l'autre, puis retourne à son maître.

—Pécaïré! grogne Dumas attendri, quelle fichue idée il a eue de revenir, le pauvre...

«J'aurais mieux aimé un ours... Parce qu'un ours, il pèse huit cents kilos... et que ce mouçeron... il ne pèse pas cinquante livres...