Leur système dentaire fournit de prime abord une indication très précieuse, en ce sens qu'il est particulier à un animal très bien étudié en 1751 par le fameux naturaliste allemand Steller.
Les mâchoires, examinées par le docteur, portent seulement quatre dents, d'énormes molaires disposées deux en bas et deux en haut, avec une couronne très large, aplatie, sillonnée sur la table, de lames d'émail formant zigzags et chevrons brisés, comme les rainures d'une meule.
Ce système dentaire et l'épiderme réellement extraordinaire de ces bêtes lui font reconnaître le Stellère, appelé aussi Rhytina borealis, Manatus Stellerii, Stellerus borealis, etc., mammifère de l'ordre des cétacés, famille des herbivores.
L'épiderme est une sorte d'écorce rugueuse, épaisse de trois centimètres, composée de fibres et de tubes perpendiculaires à la peau et d'une extrême dureté.
Les stellères, dont les dimensions atteignent de trois mètres et demi à quatre mètres, pèsent environ trois mille kilogrammes, et portent des moustaches blanches de poils rigides longs de quinze à vingt centimètres.
Steller, qui les découvrit aux environs du Kamtchatka, assure qu'ils sont absolument inoffensifs, que leur chair est savoureuse et leur capture facile. Toutes choses suffisantes pour les rendre l'objet d'une poursuite acharnée, et produire leur anéantissement. De telle façon que, comme il a été dit ci-dessus, il n'en a pas été rencontré un seul depuis soixante-dix ans.
... D'où viennent ces centaines, ces milliers de cadavres de cétacés, empilés en un banc compact sous les assises de la vieille banquise paléocrystique! Quel cataclysme les a pris en pleine vie pour les rouler ainsi en troupe innombrable, les asphyxier en masse, les geler à fond dans leur fosse gigantesque et les ensevelir sous des milliers de quintaux de glace!
Pendant combien d'années, peut-être de siècles, l'indestructible banquise a-t-elle ainsi entraîné dans sa masse et fait errer au hasard des vents ou des courants ces gisements prodigieux, jusqu'au jour où la tempête les mit partiellement à découvert, et où l'instinct d'un chien famélique sut en tirer parti!
Autant demander comment et depuis combien de temps est mort le mammouth découvert en 1804 aux bouches de la Léna, et dont les Yakoutes, avec leurs chiens, dévorèrent les débris pendant deux ans!
Bien abrités dans la caverne de glace qui leur procure une habitation convenable, bien repus de viande et de graisse qui leur fournissent un aliment complet, satisfaits des explications et des hypothèses par lesquelles le docteur s'emploie à satisfaire leur curiosité, heureux de renaître chaque jour à la vie, quoique privés cependant de choses bien indispensables, les membres de l'expédition française voient l'été venir et attendent avec lui une débâcle possible.