Leur bonne étoile leur fit apercevoir de loin une troupe d'hommes occupés à pêcher les phoques, assez nombreux dans une petite anse bien abritée contre les vents du large.

Ils abandonnèrent aussitôt l'immense glaçon flottant qu'une course aussi longue, sous le pâle soleil boréal, n'avait pas sensiblement diminué. Ils s'embarquèrent dans la chaloupe conservée précieusement sous un abri de glace, et abordèrent près des hommes stupéfaits.

C'étaient des pêcheurs Toungouses qui s'approvisionnaient pour la saison froide, et se préparaient à aller hiverner dans l'intérieur des terres, au village ou ostrog de Tagaïska, distant de quelque cinq cents kilomètres.

Les Toungouses leur offrirent la plus généreuse hospitalité, les pourvurent abondamment et, quand la saison du traînage fut arrivée, les emmenèrent avec eux à l'Ostrog.

A Tagaïska, situé au centre de la presqu'île de Taïmyr, le capitaine d'Ambrieux trouva, malgré l'effroyable désolation du lieu, des traîneaux, des chiens et des conducteurs.

Il put faire conduire son équipage à Schdanowski, sur la rivière Katanga, où il y a, jusqu'à l'hiver, un petit poste de cosaques commandé par un officier.

L'officier était à la veille de partir avec ses hommes pour la ville de Touroukansk, une misérable bourgade comptant à peine cinq cents habitants, et située sur l'Yenisseï, à neuf cents kilomètres environ de Schdanowski.

A Touroukansk commence la civilisation. Il y a quelques employés chargés d'administrer un district trois fois grand comme la France et peuplé de deux mille cinq cents habitants, la plupart Toungouses, Samoyèdes, Ostiaks et Yakoutes.

Mais la ville est du moins reliée tant bien que mal, plutôt mal que bien, à Yenisseï et à Krasnoïarsk par une route, ou plutôt une vague piste côtoyant la rive gauche du fleuve.

Ils s'arrêtèrent à peine à Touroukansk et arrivèrent, fin novembre, et par un froid terrible, à Krasnoïarsk qui communique télégraphiquement avec Pétersbourg et où passe la grande route, on pourrait dire l'unique route sibérienne, la Vladimirka.