Informé de leur arrivée, le gouvernement moscovite s'empressa de mettre à la disposition du capitaine un crédit considérable et les moyens de transport les plus rapides et les plus confortables.
Le 5 janvier 1889, l'équipage de la Gallia et son commandant arrivaient à Pétersbourg au milieu d'un enthousiasme indescriptible.
On était alors en pleine réaction anti-allemande; des bruits de guerre circulaient, et chacun parmi les sujets du Tzar était heureux de cette première et pacifique victoire d'un Français sur l'ennemi commun.
Aussi, les fêtes données aux conquérants du pôle Nord eurent-elles un éclat d'autant plus vif, que les Russes, ces incomparables metteurs en scène, faisaient de ce grand événement scientifique une affaire de nationalité. Ils trouvaient là une occasion de manifester leurs sentiments et certes, jamais depuis longtemps, démonstration ne fut plus flatteuse ni plus spontanée, ni plus complète.
On se souvient, à ce propos, de Sériakoff, ce voyageur russe, qui, au début de ce récit, fut jusqu'à un certain point la cause occasionnelle de l'expédition polaire.
Apprenant par les journaux l'arrivée des explorateurs français à Pétersbourg, il accourt, saute au cou du capitaine avec l'exubérance de son tempérament slave et s'écrie, tout d'une haleine:
—Victoire, mon cher d'Ambrieux!... Victoire sur toute la ligne.
«Victoire sur toute la ligne!...» s'écrie Sériakoff
«J'arrive de Londres... votre succès inouï, renversant, inespéré, a mis les cervelles à l'envers.