« — Oh ! gémit-elle, pourtant, vous ne m’aimez pas. Et vous mentez.
« Je n’ai pas résisté. Je l’ai prise dans mes bras et j’ai bu l’eau amère de ses larmes. Puis comme elle me tendait ses lèvres, je les ai baisées de ma bouche souillée de tant d’écumes. Et le désir m’a pris et m’a tordu comme l’ouragan. Et j’ai froissé sa robe, et j’ai mordu ses seins et elle m’enlaçait farouchement, prise de folie. De larges gouttes d’orage venaient s’écraser près de nos bouches, traversant le toit lézardé sur qui pesait un nuage verdâtre et fixe. Les masques de plâtre ricanaient et les gorgones d’argile gonflaient leur chevelure sous les éclairs blancs.
« Je l’ai rejetée de moi, heureuse et brisée, mais elle est revenue avec sa docilité satisfaite et elle m’a dit :
« — Ne soyez plus triste, ami, je vous guérirai.
« Un silence s’ouvrit dans l’orage, un silence mortel… Et j’entendis alors la vibration cinglante et le sanglot d’une corde qui se brise. Où donc se brisait cette corde ? Je suis sûr d’avoir entendu, j’entendrai toujours ce gémissement métallique et cette vibration qui s’éternise… Le charme était rompu. L’incantatrice déchue, à mes genoux, m’offrait ses mains sans pouvoir et sa chevelure dénouée… »
....... .......... ...
— C’est l’histoire d’Ève, fit Helven. Pourquoi la femme veut-elle toujours mordre un fruit qui la fera grincer des dents, et dont l’homme ne voudra plus, peut-être, après sa morsure ?
— Parce qu’elle ne sait pas, dit Marie Erikow. Si elle savait…
— Si elle savait — et au fond elle sait — elle mordrait quand même, parce que le goût du péché est dans sa bouche, repartit Van den Brooks.
— Vous voilà bien misogyne, ce soir, sourit la Russe.