La nuit s’écoulait et le sinistre rougeoiement de l’horizon ne disparaissait pas du ciel.

Marie Erikow regagna son sleeping, tandis que Leminhac et Tramier jouissaient, non sans quelque aigreur, de la nuit tropicale baignée d’aromes.

Comme elle s’approchait du train, elle trébucha, laissant échapper un léger cri. Une main robuste sortit de l’ombre, providentielle.

— Vous êtes-vous fait mal, Madame ? dit une voix où perçait un accent anglais.

Un homme, dont elle distinguait mal les traits, mais qui semblait jeune, la soutenait sous le bras. Une pipe courte brûlait à sa bouche. Il sentait bon l’ambre et le tabac de Virginie.

— Non, Monsieur, ce n’est rien. Un bleu, tout au plus. Mais comment ai-je pu tomber ?

— Vous avez buté dans un fil de fer : permettez-moi de vous aider à remonter en voiture.

Le voyageur l’accompagna silencieusement jusqu’au wagon, éclairé doucement de lampes électriques, dont quelques-unes étaient déjà en veilleuses. Le train allongé, avec ses traverses de cuivre et les chiffres dorés de la compagnie, reposait sur ses ressorts, comme une bête de luxe. Le wagon-salon, placé à l’arrière, tout en glaces, étincelait dans l’épaisseur morne de la nuit.

A la clarté des lampes, Marie Erikow put détailler la physionomie de son Sigisbée nocturne. C’était un jeune homme, vêtu d’un complet à carreaux de coupe sportive, coiffé d’une casquette, type classique de l’Anglais en voyage. Quand elle leva les yeux, elle vit qu’il était beau. Découplé comme un joueur de cricket, il avait un visage d’un ovale très pur, dont la pâleur rosée était toute féminine ; mais le menton volontaire dissipait l’impression un peu trouble que pouvaient causer la douceur régulière des traits et le charme sensuel de la bouche.

Il s’inclina respectueusement :