— Robert Helven, de Cambridge, peintre.

Elle le remercia de son appui, et lui tendit la main. Il la serra. Elle le trouva correct, mais un peu froid.

Aussi ajouta-t-elle, comme il regagnait son compartiment :

— Vous allez sans doute à Callao. Nous nous reverrons en route.

Les stores baissés, elle défit ses lourdes torsades, mira en souriant l’éclair de ses yeux glauques et de ses lèvres carminées, puis s’enveloppa dans une robe chinoise de soie violette où jouaient des cigognes d’or et des oiseaux à aigrette. La couchette du sleeping l’accueillit et elle ferma les yeux sur la seconde page du dernier livre de M. Claude Farière, préférant sans doute à sa littérature l’image indécise d’un portrait de Gainsborough.


Quand Marie Vassilievna Erikow se réveilla, le train filait à travers la grande plaine fertile qui longe le Pacifique. Son sommeil, après plusieurs journées de voyage, avait été si profond qu’elle n’avait pas senti le bercement du rapide en marche, succédant à l’immobilité de la halte. Elle fit jouer les stores et les abaissa immédiatement, tant la lumière était vive.

Sur la plate-forme vitrée du wagon-salon, Leminhac et le professeur Tramier semblaient hypnotisés par le ruban d’acier que le train dévidait vertigineusement derrière lui.

— Onze heures, gémit lugubrement la future gloire du barreau. Onze heures ! A treize heures quarante, le Gloucester lèvera l’ancre. Nous sommes bons.

— Résignons-nous, répliqua le docteur, à qui la lecture persévérante de Krafft-Ebing — entreprise à Yokohama — avait donné une patience à l’épreuve de tous les coups du destin. Résignons-nous. Qui sait ? le paquebot ne sera peut-être pas encore parti ! C’est un petit bateau sans importance.