— Excusez, Madame, dit Van den Brooks, mais voici mes gens et j’ai à régler avec eux un petit détail d’ordre intérieur. Cinq minutes, s’il vous plaît.


Un coup de sifflet retentit. Tout l’équipage, en bon ordre, avait formé le cercle sur le pont. Tous, uniformément vêtus de toile grise, le béret proprement posé sur l’oreille. Au centre, Halifax-le-Borgne, en casquette blanche à galons d’or, et à quelques pas de lui, les fers encore aux pieds, les deux prétendus voleurs de rhum, Lopez et Tommy Hogshead.

Le nègre était d’une hideur puissante : un front imperceptible sous une masse laineuse de cheveux, une mâchoire de gorille. La lèvre était fendue et un filet de sang, qui paraissait violet, coulait sur le menton. L’homme presque nu, des muscles superbes roulaient sous la peau noire et lisse.

Quant à Lopez, Marie Erikow angoissée le dévisagea. L’Espagnol s’en aperçut et blêmit affreusement. Il était beau avec ses yeux d’Andalou, longs et cruels, un soupçon de duvet noir sur les lèvres, le teint mat. Une mèche noire glissait sous le béret, sur l’œil. Il avait autour du poignet cerclé de fer, un autre cercle d’or, très mince, qui brillait : un bracelet.

Autour d’eux, le cercle était formé par les quartiers-maîtres, les deux mécaniciens blancs, les chauffeurs nègres, les matelots de manœuvre presque tous blancs et les cuisiniers chinois.

Van den Brooks fendit le cercle.

— D’abord, cria Lopez, tordant ses mains dans les fers, l’œil chargé de haine, d’abord, vous n’avez pas le droit…

Le Hollandais tourna vers lui ses lunettes vertes et l’homme se tut.

— Ces deux hommes sont coupables de vol et d’ivrognerie. Ils doivent être châtiés. Je suis maître souverain à mon bord. Qu’on se le dise. Ici, Hopkins.