« Un fait brutal, terrifiant, se produisit.
« Depuis quelques temps déjà, Florent ne partageait plus ma chambre. Il dormait dans une pièce voisine de la mienne et séparée seulement par une cloison. Une nuit, je m’éveillai brusquement, en proie à une de ces inexplicables angoisses qui parfois vous arrachent au sommeil. Une main serrait ma gorge. J’ouvris les yeux ; l’aube filtrait à travers les rideaux, emplissant la chambre d’une pénombre blême.
« — On a marché dans le jardin.
« J’écoutais avec cette attention atroce que donne la peur. Aucun bruit ne m’échappait, ni le craquement menu des boiseries anciennes, ni les battements sourds de mon cœur.
« Distinctement, le bruit d’un pas sur le sable parvint à mon oreille.
« — On a marché. On vient…
« Je bondis à la fenêtre, mais les volets étaient clos et je n’osai les ouvrir.
« Une peur folle me paralysait. Pourquoi ? Ce pouvait être le chien, un domestique. N’importe. J’essayai d’appeler « Florent ! Florent ! » à travers la cloison, mais ma voix s’arrêtait dans ma gorge.
« Alors, j’ouvris la porte et la chambre était vide.
« Un instant, je demeurai, muette d’effroi, sur le seuil. La tension terrible de mon esprit et de mes sens ne diminuait pas. J’écoutai. On montait maintenant l’escalier. Des pas feutrés, lents et précis, les pas de quelqu’un qui ne veut pas être entendu, des pas de voleurs.