« Je ne puis tout vous répéter, mon ami.

« Mais, tandis qu’il parlait, mon âme se fendait de douleur et j’ai pleuré sur lui, pleuré sur nous.

« Il m’a dit :

«  — Ne me touche pas. Tu n’aurais jamais dû me toucher. Je ne suis pas digne que ta main m’effleure. Ne me touche pas. Cela me ferait mal. Cela te ferait horreur, ensuite…

« Ne me demande pas d’où je viens. Pense que je viens des profondeurs de la mort.

« Je ne suis pas fait pour notre bonheur. Je ne suis pas fait pour ta pureté. Pardonne-moi. C’est une force en moi qui me guide. Je ne puis lui résister. Je vais comme un aveugle.

« Pourquoi es-tu devenue ma femme ? Pourquoi ai-je commis ce crime de t’associer à ma vie ? Et pourtant, je t’ai adorée, comme un esprit. Mais, il ne fallait pas qu’il y eût l’amour entre nous. Parce que l’amour n’est que souffrance et délectation de sa souillure.

« Pardonne-moi. Tu es belle. Tu es pure : tu étais faite pour donner la joie. Et tu ne me l’as point donnée, parce que je ne suis point créé pour la joie, parce que mon âme est altérée d’amertume.

« Tu m’attendais avec ton corps éclatant comme la neige et comme les lys, avec tes caresses réservées à moi seul, tu m’attendais dans le secret de notre lit et de nos parfums.

« Je t’ai préféré des corps souillés par tous les mâles, des lèvres flétries, des visages émaciés par le vice et la misère.