A ce moment, le gong résonna et la salle à manger du Cormoran réunit les passagers autour de Van den Brooks.
— Notre dernier repas avant l’escale, dit ce dernier ; nous débarquerons avant que la nuit soit tombée.
Le champagne coula en l’honneur de la Nouvelle Terre et Marie Erikow en but un grand nombre de coupes, accompagnées d’amandes grillées mélangées de gros sel.
Le sort de Lopez l’intriguait, l’angoissait même. Inconsciemment, elle avait voué le beau et infortuné matelot au sort de Buridan, et maintenant, elle craignait que ce vœu n’eût été soudainement réalisé. Les paroles ambiguës de Van den Brooks avaient jeté le trouble dans son âme. Cependant, elle n’osait interroger personne.
Le déjeuner fini, elle se retira sous prétexte de boucler ses malles et gagna la cabine du capitaine Halifax. Elle frappa.
— Entrez, répondit une voix enrouée.
Apercevant la Russe, Halifax-le-Borgne bondit du lit étroit où il était étendu, en bras de chemise et secouant sur sa paume une pipe refroidie. Il mâchonnait des excuses et semblait confus d’être surpris en si familier accoutrement par la passagère, l’unique passagère.
— Ne vous excusez pas, capitaine, dit la Russe. Vous êtes chez vous, restez à votre aise.
La cabine sentait la saumure et le tabac. Halifax — méticuleusement propre d’ailleurs — n’aimait que ces frustes parfums.