— Et que puis-je pour vous, Madame ?
— Un simple renseignement. Un potin du bord, si vous préférez. Voilà. Il paraît qu’il y a eu un accident cette nuit. M. Van den Brooks n’en dit pas long à ce sujet et je suis inquiète, inquiète… Je ne sais même pas quelle est la victime. Mais la pensée qu’il y a quelqu’un de souffrant à bord m’est insupportable. Je voudrais tant faire quelque chose. Les soins d’une femme peuvent être précieux. Et un secours d’argent, peut-être ?
Halifax, caressant sa pipe sur ses narines, écoutait sans mot dire. Je ne puis dire qu’il souriait, car le Borgne n’avait souri que deux fois dans sa vie : le jour où il avait porté sa femme en terre et le jour où Van den Brooks lui confia le commandement du yacht. Il n’avait d’ailleurs dans sa longue carrière pleuré qu’une seule fois, et ce fut le jour de son baptême.
— Ne soyez pas aussi mystérieux que M. Van den Brooks, parlez, capitaine. Je tiens à soulager ce malheureux…
— Le malheureux en question, Madame, s’il souffre actuellement c’est de maux que vous ne pourriez soulager, malgré tant de bonne volonté. Et je crois volontiers qu’il est en train de rôtir sur la broche du diable, parlant par respect.
Et Halifax, qui était un mécréant superstitieux, esquissa un vague signe de croix.
La Russe l’imita, se signant avec le pouce, à la manière orthodoxe.
— Mort, murmura-t-elle. Comment s’appelait-il ?
— Lopez, Madame, l’homme qui chantait.
— Et comment l’accident est-il arrivé ?