Leminhac semblait enchanté de sa promenade et il se montra particulièrement brillant au déjeuner. Marie Erikow complètement reposée et qui, en compagnie du professeur, avait fait quelques pas dans l’île, était aussi d’excellente humeur. Quant à Tramier, une vieille toquade de botanique l’avait repris et il ne pensait qu’à confectionner un herbier avec les plantes de l’île Van den Brooks.

— Vos jeunes filles, dit Marie Erikow au marchand, sont ravissantes. Et vêtues avec un goût ! Quelle est donc cette admirable étoffe dont elles font leurs habits et qui est pareille à la soie ?

— C’est, en effet, dit le professeur, une soie végétale. J’ai reconnu le « phormium tenax », n’est-ce pas, Monsieur Van den Brooks ?

— Plus exactement, dit le marchand, le mûrier à papier, très abondant dans mon royaume.

— Votre royaume ? objecta l’avocat. Mais ne craignez-vous pas d’être obligé d’en abandonner un jour la suzeraineté à quelqu’une de ces odieuses grandes Puissances ?

— Non, dit Van den Brooks, ma souveraineté n’est pas de celles qui se perdent.

— Vous avez retrouvé l’âge d’or, exclama Marie Erikow. Que vos sujets sont heureux !

— Ils ne connaissent pas toute l’étendue de leur bonheur, répondit le maître de l’île ; ou plutôt, ils ne la connaissaient pas avant mon arrivée ; ils commencent à l’apprécier maintenant.

— Je m’en doute, pensa Helven, qui songeait aux supplications gémissantes du stropiat.