— Vous devez être fort bon pour eux, remarqua la Russe attendrie.
— Je leur ai donné tout ce qui leur manquait, repartit le trafiquant. Ils avaient un sol fertile, des vergers chargés de fruits, des prairies émaillées de fleurs, un éternel été, des eaux douces, un air embaumé ; ils vivaient là, dans l’innocence des premiers âges, sans passions, puisqu’ils pouvaient satisfaire tous leurs désirs. Sans doute, ils étaient heureux, mais il leur manquait l’essentiel.
— Quoi donc, alors ? demanda l’avocat.
— Ils ne connaissaient pas la Loi.
Ce disant, le marchand se leva de table et conduisit ses hôtes dans le patio où des rafraîchissements étaient servis. Un velum orange tamisait la lumière et donnait à tous les visages un teint cuivré qui seyait à merveille à la beauté de la Russe.
Helven, galant et froid, lui en fit compliment :
— La reine au masque d’or, dit-il.
— Non, répondit-elle, la reine sans masque.
Helven sourit et Marie comprit que le galant était perdu. Elle comprenait bien pourquoi ; mais elle comprenait mal comment.