Elle se rabattit sur Van den Brooks :
— Je tiens, dit-elle, à faire avec vous le tour du propriétaire. Vous allez d’abord me montrer votre palais, ensuite votre royaume.
— A votre guise, répondit le trafiquant. Messieurs, ajouta-t-il en se tournant vers les hommes, vous plaît-il de faire avec nous cette visite ?
Et il offrit son bras à Mme Erikow.
Toutes les pièces du palais ouvraient sur le patio ; de toutes on entendait bruire le jet d’eau dans sa vasque de malachite. La bibliothèque était fort bien garnie ; les salons, ornés de fétiches d’ivoire ou d’ébène, laqués, peints ou dorés, hérissés de clous, de cornes, de poils, avec des yeux blancs ou rouges, des masques convulsés, des bouches hurlantes.
— Ce sont, dit Van den Brooks, les mauvais esprits qui troublaient mon peuple. Mon peuple n’avait qu’une croyance : celle des revenants dont ces horribles caricatures sont les emblèmes. Depuis que je suis ici, l’Esprit a chassé les démons et j’ai fait enlever tous ces pauvres simulacres qui forment, comme vous le voyez, une assez jolie collection.
— Quel dommage, dit l’avocat, que Monsieur Jean Cocteau ne soit pas ici : il se pâmerait d’aise. Et vous, demanda-t-il à Helven, n’êtes-vous pas cubiste ? Il y a là de quoi inspirer toute une esthétique.
On abandonna visages et faux-visages grimaçants pour pénétrer dans une salle oblongue où la lumière ne filtrait qu’à travers des stores épais de soie rouge et verte. Des nattes étaient tendues sur le sol, jonchées de coussins durs. De petites tables de laque, très basses, étaient disposées à côté des nattes, avec des lampes ornées d’araignées de bronze et, tout auprès, des pipes et des flacons de jade. Un énorme Bouddah, pareil à celui que Marie avait vu sur le Cormoran, rougeoyait dans un angle.
— Ici, dit Helven, c’est sans doute le Temple de la Drogue ?
Van den Brooks s’inclina :