Il plongea ses bras dans le coffre, fouilla un moment et retira une boule jaunâtre. C’était une tête de mort : une émeraude s’était logée dans son orbite.

Puis il rejeta le crâne parmi les pierreries, referma le coffre et s’assit sur le couvercle.


— Un jour que je me promenais sur la pointe orientale de l’île, peu de temps après mon débarquement, mon pied heurta sur le sable d’une petite crique une planche rongée par la mer. Je ne doutai pas que ce ne fût une épave et je reconnus un fragment encore muni d’une serrure ancienne de fer ciselé. La rouille avait rongé si profondément le métal que j’eus beaucoup de peine à distinguer les détails de la ciselure. J’y parvins cependant. Je distinguai successivement quelques lettres : G… O… SA… et une date, 1592. C’était assurément l’épave d’un vaisseau brisé sur les récifs. Mon imagination évoqua aussitôt les galions espagnols chargés des diamants et de l’or du Pérou, de tous les trésors des Indes Orientales, que le vent et les courants entraînaient parfois dans des directions inconnues et qui, parfois aussi, venaient misérablement se rompre sur des écueils. Les lettres déchiffrées confirmèrent mon hypothèse. Après maints efforts, je reconstruisis ce nom : Graciosa.

« La Graciosa avait dû couler aux abords de mon île. Il fallait la retrouver.

« Grâce aux naturels qui sont de fort bons plongeurs, je pus bientôt avoir des indications intéressantes. Les plongeurs notèrent, en effet, à une profondeur d’une dizaine de brasses seulement, une carcasse de bateau à demi enlizée dans le sable et toute recouverte de coquillages. Je ne vous retracerai pas mes efforts personnels et ceux de mes ouvriers. Revêtu d’un scaphandre, je passai de longues heures, immergé, le pic à la main, pour dégager le navire englouti et m’en faciliter l’accès. Enfin, je pus pénétrer sur le gaillard d’avant et descendre dans les soutes. Vous ne sauriez imaginer l’horreur de ce cadavre de vaisseau, rongé par le sel, gonflé d’une eau noire, tout grouillant de poulpes et de crabes, dans le silence d’une mort séculaire. Je tremblais ; j’avançais pourtant.

« La Graciosa était bien une goélette et ses flancs recélaient d’inestimables trésors. Des lingots d’or que les siècles avaient ternis — mais je sus bien reconnaître le précieux métal — s’amoncelaient parmi des algues. Ils étaient trop pesants : je les laissai à la mer qui faisait bonne garde.

« Soudain, titubant dans cette eau obscure, embarrassé par mes semelles de plomb et le casque respiratoire, je heurtai un coffre volumineux. J’étendis la main, et ma main se posa sur quelque chose de lisse, de froid et d’un peu visqueux. C’était un crâne. Le coffre ouvert à grand’peine, car il était comme maçonné de coquilles, une Golconde apparut à mes yeux : les pierreries palpitaient dans la glauque pénombre.

« Je ne sépare point ces joyaux engloutis et par moi ramenés à la lumière, de ce funèbre ossement poli par les flots. »