— Résumons-nous donc. Ce soir, nous exprimerons à M. Van den Brooks notre désir de quitter au plus tôt son royaume.
— Nous serons courtois et énergiques, appuya l’avocat : je parlerai.
— Et s’il n’était plus là ? objecta Marie.
Mais nul ne répondit.
Marie Erikow n’eut pas le courage d’affronter le dîner. Elle se retira dans sa chambre et pria Leminhac de la tenir au courant des événements, s’il y avait lieu. Elle assujettit elle-même les barres de ses volets, tant elle craignait de voir luire à sa fenêtre les sinistres boules de loto de Tommy Hogshead. Plusieurs fois, au cours de la nuit, elle sursauta, croyant entendre des craquements. Et pourtant, la nuit tropicale, lamée de soie, éventait l’île de mille souffles, l’île heureuse, les étoiles et la mer chuchotante…
Les trois hommes prirent place à table. La salle était sombre ; la lampe suspendue à sa lourde chaîne projetait sur les murs des ombres éléphantesques. L’Hindou se tenait à son poste. Soudain, avant que le service ait commencé, sans que nul l’ait entendu venir, les convives virent, debout devant sa chaise, Van den Brooks, le front perdu dans les ténèbres.
Leminhac, qui avait le sens du théâtre, eut bonne envie de murmurer : « Bon appétit, Messieurs… »
Mais la voix lui manqua.