Marie Erikow était prête à tout événement. Elle se sentait lucide et un peu grisée par le danger. On vit double, lorsque la mort vous guette.
Chose étrange, il lui parut que quelqu’un marchait derrière elle. Elle prêta l’oreille, tout en avançant. Aucun bruit suspect ne lui parvint. Mais c’était comme une présence, comme un souffle — quelque chose vivait dans l’ombre.
On arrivait au bout. Déjà les vagues détonnaient sur les parois rocheuses, d’une rumeur sourde et funèbre. Une fraîcheur salée mordit leurs lèvres. Le couloir se rétrécissait ; la route était fort basse. Il fallut se plier en deux.
Helven, qui marchait en tête, sursauta.
— Nous sommes perdus !
Devant lui, il aperçut un pan de nuit et quelques étoiles, le tout dans un orbe de roc strié de barreaux de fer.
— Une grille. Nous sommes perdus, perdus !
Leminhac, qui cheminait derrière lui, ne voyait rien.
Le passage était tellement étroit qu’Helven dut se mettre à quatre pattes. Il parvint ainsi à la grille. Il saisit les barreaux et tira à lui. La grille était ouverte.
Une onde d’espoir gonfla sa poitrine. Sur le rebord du rocher, il se redressa et sauta dans l’eau. Les autres le suivirent. Devant eux, le canot balançait sa forme sombre. Une vague les aspergea. Ils se hâtèrent.