— Le Cormoran ! exclama Leminhac. Le voici ! Mâtin ! c’est un joli bateau.

Tous les yeux se tournèrent dans la direction indiquée par le doigt tendu de l’avocat.

Dans une anse rose bordée de cocotiers et de goyaviers un petit vapeur effilé roulait légèrement sur ses amarres. On le distinguait mal, car il était peint, à la manière des navires de guerre, d’une couleur verte qui se confondait avec l’eau. Toutefois, ses bastingages de cuivre étincelaient.

De plus près, Helven nota que le Cormoran avait l’apparence gracieuse d’un yacht de plaisance, mais la courbure robuste de la coque l’indiquait propre à de longues traversées. Il devait jauger 800 tonneaux environ, portait une cheminée, deux mâts à voile et des antennes de T. S. F.

Le professeur restait muet. Leminhac s’affairait et prononçait maintenant des mots techniques : « bossoir… tirant d’eau… écoutilles… », rassemblant des bribes de Jules Verne, du temps où il lisait en sarrau de lustrine noire et les doigts dans les oreilles Les Enfants du Capitaine Grant.

— Nous allons voir le forban, enfin ! murmura Marie Erikow à l’oreille d’Helven.

Celui-ci ne répondit pas, mais montra des yeux, sur le pont du navire, une haute silhouette blanche qui attendait…

L’accostage se fit aisément. Le barreur avait sauté sur la rampe de fer qui donnait accès au bord, et aidait Marie Erikow à prendre pied. Puis, happant un câble qui pendait, il grimpa le long des cordages avec une agilité de chat et disparut.

Le bizarre client du Pajaro Azul accueillit ses hôtes à la coupée. Il parut aux passagers d’une taille plus haute encore qu’ils n’avaient jugé à première vue. Sa barbe fulgurait. Il n’avait pas quitté ses lunettes vertes.

Galamment, il baisa la main de Marie Erikow, salua chacun des voyageurs.