— Inutile de faire les présentations, assura-t-il. Je vous connais et c’est un honneur pour le Cormoran d’accueillir de pareils passagers. J’espère que vous trouverez ici tout le confort d’un paquebot.
— Nous sommes de grands voyageurs, ajouta-t-il en hochant la tête. J’ai roulé pas mal de mers ; je connais leurs caprices, leur lumière et leur odeur. J’aime l’eau. Mon navire m’appartient, et je le mène à ma guise.
Sa voix était chaude, mordante. Il la maniait avec adresse.
— Cet homme parle bien, pensa Leminhac. Il plairait au barreau.
— C’est singulier ! songea Helven. Il a quelque chose d’un acteur.
— Ne me demandez pas, continua Van den Brooks, comment je connais vos noms. Ne me demandez pas non plus pourquoi j’ai écrit cette lettre. Sans doute le service que je suis heureux de vous rendre excusera l’étrangeté de ma démarche. Mais ne me posez pas de questions.
« Rassurez-vous. Je suis un homme simple, un pauvre marchand sans fard ni malice, à qui les hasards de son commerce ont montré quelques aspects de la terre et des hommes, un vieux loup de mer qui ne sait autre chose que ce que le vent et la vague lui ont appris. Quant aux femmes, — et il se tourna vers Marie qui soutint mal l’éclat des lunettes — je ne puis qu’admirer leur grâce et leur beauté ; mais elles sont pour moi comme la mer qu’on ne possède jamais. »
Le ton et les paroles de Van den Brooks n’avaient rien qui décelât la rudesse du marin et du trafiquant, mais bien plutôt l’élégance un peu maniérée d’un homme du monde amateur de théâtre et d’effet.
— Quelle chattemitte ! pensa Helven.
Le professeur Tramier était enchanté de la bonhomie cordiale de cet accueil.