— Nous ne saurions vous dire, commença-t-il… l’amabilité parfaite… sans doute un peu étrange… mais les conventions mondaines… sous cette latitude… nous excuserez aussi… reconnaissance…

— Nous levons l’ancre dans la nuit, dit le marchand de cotonnades. Nous aurons une de ces belles traversées que réserve le Pacifique, des nuits telles que vous n’en avez jamais connu, sous ces constellations dont rêvent les poètes. C’est une joie pour moi que de réunir sur ce modeste esquif des esprits aussi raffinés. Les loisirs du bord nous permettront de longs entretiens ; j’y puiserai mille satisfactions que jusqu’ici mon labeur de marin ne m’a pas laissé prendre.

— Et vous nous conterez vos voyages ? dit Marie Erikow.

— Hélas ! des voyages de trafiquant ne sauraient passionner l’attention d’une jolie femme. En tout cas, il sera fait, à mon bord, tout le possible pour que pas un instant dans cette solitude vous ne songiez à regretter l’Europe, « l’Europe aux anciens parapets », comme le dit excellemment Arthur Rimbaud…

— Qui donc ? dit Tramier. Je ne connais pas ce nom.

— Je vous expliquerai, fit Leminhac en poussant le coude du professeur.

— En attendant, ajouta Van den Brooks, on va vous conduire à vos cabines et, avant le dîner, je vous ferai visiter le bord.

Aux côtés du marchand se tenait sans mot dire un homme que les trois galons d’or de son uniforme désignaient comme le capitaine du bateau. Il était petit ; d’une carrure de taureau, un œil d’acier enfoui sous d’épais sourcils : borgne, une longue cicatrice lui barrait le front de la tempe droite à la racine du nez, pâle sur le teint brique du marin.

— Vous conduirez nos hôtes, capitaine.

Et il présenta :