« Il y a chez tous les riches un fond d’avarice, et les plus prodigues, en apparence, sont souvent les plus avares. Mais chez le riche dont je parle, ce n’est pas l’avidité qui domine. Donnez-lui le monde. Il ne thésaurisera point. Il le détruira.
« Et c’est pourquoi il arrive souvent que les grands riches défont eux-mêmes ce qu’ils ont fait. Si l’homme est impuissant à créer, il est tout puissant pour anéantir ; et dans cette œuvre de mort, il sent s’épanouir toutes ses facultés. C’est alors qu’il touche à la perfection. »
La voix de Van den Brooks se fit plus grave :
— Qualis artifex ! On ne possède bien que ce que l’on peut détruire.
« Si les amants rêvent de mourir ensemble, c’est parce que la possession complète ne s’accomplit que dans la mort. C’est ainsi qu’il faut entendre cette phrase de l’Écriture : Il nous aima jusqu’à la mort, usque ad mortem. »
Marie Erikow demeurait, sa cuiller levée, oubliant de porter à sa bouche un flot de glace au kummel qui fondait lentement.
— Serait-ce un sadique ? méditait le psychiatre.
— Un amateur du petit frisson ? pensait Leminhac.
— Quel amoureux ! rêvait Marie Erikow.
Helven regardait curieusement le marchand de cotonnades qui vidait maintenant à petits coups un gobelet de Xérès.