« — Non, Monsieur. Non, mon bon Monsieur.
« — Alors ?
« — …
« — Alors, mon petit, il faut faire un beau cran à ta ceinture et rentrer doucettement au foyer paternel où tu recevras des claques.
« Et, tapant sur son gousset :
« — Moi, j’ai de l’argent et je mange quand j’ai faim. Il faut avoir de l’argent. Respecte les riches. Ils sont bons ; ils sont vertueux ; ils ont toutes les qualités. Vois comme nous sommes, mon ami. Va, mon enfant, et que Dieu te protège.
« Un soir, Sigismond Loch, en mal de philanthropie, rencontra sur son chemin une femme misérablement vêtue et qui lui parut d’une grande beauté. Il avait l’esprit de décision et il aborda franchement la créature. D’ailleurs son aspect vénérable pouvait le faire prendre pour un pasteur ou un grand chef de l’Armée du Salut.
« — Vous m’excuserez, Madame, dit-il poliment. Ne croyez pas que je veuille vous débiter des fadaises, et, si je vous complimente de votre beau visage, ce n’est pas pour faire le galantin. Dieu m’en préserve à mon âge. Seriez-vous, par hasard, modèle pour les peintres ?
« — Non, Monsieur, répondit l’inconnue. Je suis piqueuse à la machine.
« — Un pauvre métier, Madame, n’est-ce pas, et qui nourrit mal celle qui le pratique ?