« — Mais, exclama le vieillard, soudain illuminé, Lionel de Vermont, votre associé, peut vous sauver : s’il revenait, il rétablirait votre crédit…
« Lorris esquissa un geste vague.
« — J’ai ruiné sa maison, murmura-t-il. Dieu sait pourtant que j’avais tout fait. Qu’il me pardonne !
« — Une dernière fois, ajouta-t-il, les yeux fixés sur les bésicles clignotantes du patriarche, une dernière fois, vous refusez ?
« — Je vous jure, protesta Sigismond, je vous jure que je ne puis.
« — Adieu, dit Lorris.
« Il claqua la porte. On ne le revit ni chez Sigismond, ni chez lui, ni ailleurs.
« La banqueroute fut déclarée ; la maison de Lorris et celle de Vermont, saisies. On vendit aux enchères la précieuse bibliothèque. Ce jour-là, Sigismond Loch, qui assistait à la vente, acheta une précieuse édition elzévirienne du « Traité de l’Amitié », reliée en veau et blasonnée.
« Il rentra chez lui, ce petit livre sous le bras. Dans la journée, et celle qui suivit, il retira des diverses banques tous ses dépôts, régla ses comptes, mit ses affaires en ordre et abandonna l’Office à un juif qui lui avait payé une somme assez ronde. Nul ne connaissait la fortune de Sigismond : elle devait être considérable, si l’on en juge d’après le nombre des opérations qu’il réussit et d’après sa prodigieuse friponnerie. Toutes les valeurs personnelles de Vermont et de Lorris étaient entre ses mains.
« Les domestiques renvoyés, son appartement vide, un fiacre à sa porte et les malles bouclées, il entra une dernière minute dans son cabinet de toilette.