« Le patriarche n’en repassa jamais le seuil. On ne retrouva que sa barbe, sa perruque et ses bésicles. Ce fut un homme jeune, de haute taille, les traits déjà ravagés par les veilles et les excès ; les yeux ardents, un jeune homme d’allure romantique, byronien comme le Corsaire et qui partait à la conquête du monde.
« Lionel lui-même !… »
— Par exemple, dit Leminhac, l’histoire est tout à fait invraisemblable.
— Peut-être, dit Van den Brooks, mais elle est vraie. Elle nous démontre ce que je disais plus haut. Je pense que Lionel ne s’est pas arrêté là.
— Qu’est-il devenu ? demanda Marie Erikow.
— Mystère, dit le marchand de cotonnades. Le bruit a couru qu’il s’était fait sauter à la dynamite avec toute sa fortune et une négresse qu’il adorait, dans une île du Pacifique. On a dit aussi que, plein de repentir, il avait consacré ses rentes à la Propagation de la Foi et au rachat des petits Chinois dont leurs parents nourrissent les cochons domestiques. On a dit encore qu’il avait frété un navire et qu’il s’adonnait à la course, renouvelant des exploits des ancien flibustiers…
— Qui sait ! dit Helven. Cela est peut-être plus exact.
Van den Brooks sourit dans sa barbe.
— N’en croyez rien, fit-il. Je sais ce qu’est devenu Lionel.