Le nom, articulé par Leminhac avec un faux accent anglais, du Gloucester fit de nouveau émerger dans la lumière le profil blond.

— J’ai vu ses yeux, soliloqua-t-il de nouveau. Ils sont indiscutablement slaves.

Cependant, le train ralentissait sa course, patinait sur ses freins et stoppait net.

— Une panne, sursauta le professeur.

— Impossible, fit Leminhac.

L’inconnue ferma son livre, esquissant une moue impatiente, et se dirigea vers le couloir.

Le train s’était arrêté dans la brousse. Un vaste désert parsemé de blocs de lave spongieux et noirs, hérissé de buissons et d’arbustes épineux — à l’ouest, les nappes miroitantes des Salines — un paysage métallique, noir et blanc, sur qui, brusque, la nuit équatoriale s’affaissa.

Leminhac avait suivi l’inconnue dans le couloir et s’affairait auprès du contrôleur nègre, en un anglais douteux mêlé de sabir.

— Qu’y a-t-il donc ?… retard incompréhensible. Ah ! ils sont jolis, les chemins de fer américains !

— Le passage est difficile, Monsieur, repartit l’agent au sombre visage. Le poste nous avertit que la lisière nord de la forêt est en feu. Si l’incendie est grave, il sera impossible de franchir cette barrière de flamme.