— A mort, l’assassin ! A mort !
Le porteur de philtre n’en menait pas large. Il gémissait : « Pardon, moussié Dupont, pardon ! » s’attendant à être lynché par les partisans de cet admirable leader.
— Maîtrisez votre colère, citoyens et citoyennes, prononça Dupont. Je vais vous montrer que ce malheureux était impuissant à me nuire et que mes sortilèges sont plus forts que les siens.
Ceci dit, il leva très haut le flacon.
— Je vais boire.
— Non, gémit la foule pantelante.
Et Dupont but, puis, méprisant, jeta le flacon vide au criminel prosterné.
— Retire-toi, dit-il. Laissez-le aller, ordonna-t-il à la foule, magnanime.
Puis il claqua de la langue.
Enthousiaste, la horde porta Dupont en triomphe. Les négresses le couvrirent de fleurs et il les embrassa à toute volée. Le bal tam-tam se prolongea toute la nuit, sous des lanternes vénitiennes suspendues aux branches des manguiers et des arbres à pain. Les électeurs étaient ivres et satisfaits ; ils avaient trouvé un grand sorcier. Le grand sorcier se retira avec quelques amis et on aurait pu les entendre rire à se tenir les côtes. La fiole de poison ne contenait que du malaga.