Les lianes enivrantes sont fort employées dans la cuisine amoureuse. Vous vous apercevez un jour que vous perdez l’appétit. Maux de tête. Maux de reins. Le médecin n’y voit goutte. Vous maigrissez, vous souffrez de vertiges. Vous voilà bientôt privé de force. Vous revenez au docteur. Rien n’explique votre mal. Mais si le docteur est un vieux colonial, il vous conseillera de changer de cuisinière.

Bien entendu, le « piaye » n’est pas exclusivement réservé à l’amour. Il sert aussi en politique. Un homme qui se mêle des affaires publiques ne doit boire qu’avec précaution, ne jamais mordre dans un fruit qu’on lui présente et se garder de respirer le bouquet de fleurs que lui apporte une fille, avec un éblouissant sourire.

Il y a des « piayes » légers et des « piayes » ridicules et des « piayes » inoffensifs. Mais il y a aussi des « piayes » paralysants et des « piayes » qui déterminent la folie. Une bonne recette consiste à enduire d’une certaine préparation végétale les reprises des bas et des chaussettes. Cela produit de magnifiques ulcères aux pieds et aux jambes.

Si l’on veut se débarrasser d’un ennemi, on doit se passer une main à la vaseline pendant plusieurs jours, sans l’essuyer. Ensuite la plonger dans du sable fin, de façon que les particules de sable restent adhérentes à la peau. Puis tremper la main ainsi enduite dans du jus de charogne, à volonté. Enfin cherchez votre ennemi et frappez-le au visage, de façon à l’écorcher légèrement. Le reste se fera tout seul.

L’art du poison est cultivé dans certaines familles mulâtres ou noires. On vous dit : « N’allez pas chez Mme Séraphine. C’est une piayeuse enragée. »

J’ai demandé à une petite courtisane ce qu’elle pensait des « piayes ». Elle n’a jamais voulu me répondre.

Mais le visage du docteur s’est assombri, lorsque je lui ai posé la même question :

— Ce que j’en pense ? m’a-t-il répondu. C’est qu’un de mes enfants, un petit garçon, a été empoisonné en deux mois, avec des racines de barbadine qui tuent lentement et ne laissent pas de trace.

ÉVASIONS

Le forçat vit pour s’évader. Il n’en est pas un qui n’ait fait ce rêve. Quelques-uns le réalisent. Beaucoup le tentent ; beaucoup meurent, beaucoup sont repris et mis au dur régime des Iles.