— Comme je suis contente de vous voir ! — et elle mit ses deux mains sur mes épaules — Et votre maman ?
Charles suivait avec un sac. Il me sauta au cou. Tous les trois nous montâmes en voiture. Nourmahal s’assit à côté de moi qui conduisais ; Charles, derrière avec les valises.
La lueur dansante des lanternes éclairait la route et les haies sombres. Nous avions quatre ou cinq kilomètres à parcourir avant d’arriver à la maison. La route serpentait quelque temps à travers une plaine où scintillaient des feux, pour gravir ensuite les flancs d’une colline obscure au sommet de laquelle une frise de pins tordus s’incisait sur une bande pourpre de plus en plus étroite.
— Merveilleux ! s’écriait ma compagne. Vous aimez les chevaux ! Moi aussi. Laissez-moi prendre les rênes.
— Vous savez conduire ? fis-je d’un air grave.
— Parbleu ! Cinq minutes seulement pour me refaire la main. Là, sur ce palier…
— Attention ! La bête est vive.
Je lui passai les guides qu’elle saisit vigoureusement dans sa petite main gantée. Mais le cheval, changeant de main, fit un écart. Nourmahal poussa un cri. Je repris aussitôt les rênes. Mme Jouvelin riait et se blottissait contre moi.
— Comme j’ai eu peur ! La vilaine bête.
Je sentais, le long de la mienne, la chaleur de sa jambe. Son parfum capiteux se mêlait à l’odeur du soir. Le cheval filait bon train et le vent frais nous fouettait le visage. Je tournai la tête vers ma voisine. Elle croisait les bras, frileusement, ses cheveux roux luisant sous sa voilette.