— Puisque vous le permettez, répliqua doucement mon ami.
Et il disparut par la tapisserie du fond.
— Je suis bien inquiet, me dit Miromps. Ma pauvre femme ne supporte que difficilement les épreuves de la maternité. Elle ne quitte guère sa chaise-longue. Elle est triste. Rien ne parvient à la distraire !
Il passa sa main sur son front, comme pour essuyer une sueur invisible. Ce geste incluait une grande douleur.
— Elle ne trouve de soulagement que dans la lecture. Le chanoine Doublemaze lui indique des livres. Je lui en ai beaucoup de reconnaissance. C’est un prêtre fort accompli.
Nous entrâmes dans son cabinet.
— Voyez ma nouvelle acquisition, me dit-il avec une satisfaction de collectionneur. Une déesse étrusque ; la déesse de l’ombre.
C’était une figurine de bronze représentant une femme nue, mais longue, si longue qu’elle semblait une fumée ; à la contempler, elle s’effilait, s’effilait dans le demi-jour de la pièce. Le métal n’était plus qu’une impondérable substance. Je songeais à celle qui, de cette maison solitaire, s’évanouirait peut-être ainsi, un de ces soirs, pareille à la déesse de l’ombre, fumée, elle aussi.
Quelques instants plus tard nous pénétrâmes chez Mathilde.
La chambre, fort haute de plafond, était plongée dans une demi-obscurité. Une servante plaçait une lampe sur un guéridon. Baignées par le cercle lumineux, je vis des mains, allongées sur une couverture, des mains jaunes, amaigries. Au-dessous de la lampe, un livre ouvert. Le visage de Mathilde ne m’apparut qu’ensuite.