Elle se couche sur le lit, tout habillée, impérieuse.

— Viens !

Je m’approche, sans désir, de ce corps voilé de noir. Mais je suis résigné, soumis. C’est la femme qui ordonne.

— Combien me donneras-tu ?… Non, je ne me déshabillerai pas. Pour qui me prends-tu ?… Allons, dépêche-toi.

Assis au bord du grabat, je prends ma tête à pleines mains.

— Idiot ! Approche-toi, quoi ?… Hein ! tu dis… la première fois !… Non, c’est une chance !

Et, brutale, passant ses deux bras autour de mon cou, elle me renverse dans l’odeur froide de la lustrine…

Ce seuil franchi, le ricanement de la mégère derrière la vitre, le faubourg où rôdent les chats galeux le long des murs écaillés de salpêtre… Il me semble qu’un signe de honte attire sur moi l’attention des passants. Est-ce donc ainsi que tous les jeunes hommes apprennent l’amour ? J’éprouvais une grande humiliation dans mon corps et le désir de pleurer.

L’ombre rampait déjà à travers les massifs du jardin public quand je le traversai pour rentrer à Saint-Julien. Une brise plus fraîche apportait une odeur de bourgeons et de résine. Un piano — l’inévitable piano des soirs de province — suffit à immortaliser dans ma mémoire la mélancolie de cette heure. Il suffit parfois d’une ritournelle pour qu’une douleur ne s’oublie point. Je m’assis sur un banc de pierre. Mes larmes coulaient. Je pleurais sur moi, sur le bonheur manqué, sur la désillusion — et aussi sur le visage fardé, triste et violent d’une pauvre putain de cabaret.

Puis, je regagnai le collège d’où j’étais sorti, pur.