— Un bock !
La femme se dirige vers un escalier en vis et appelle :
— Alice, descends. Y a quelqu’un !
Des pas. Alice est vêtue d’un sarrau d’ouvrière. Le visage est étroit, dur et jaune. Sans son fard elle aurait l’air d’une personne sévère, d’une institutrice. Le maquillage maladroit s’arrête au cou ; un ruban de velours dissimule mal la tranche grisâtre.
Elle s’assied en face de moi, croise les jambes. Je découvre sous le sarrau un bas à jour et une jarretière écarlate.
— Qu’est-ce que tu paies ! Hé, là-bas, apporte une bénédictine.
Elle boit à petits coups, puis me tend sa bouche poissée d’alcool.
— On va monter, hein ?
Les yeux ont un éclat vert qui commande. Ils s’allument et s’éteignent, brefs, comme des phares sur la mer grise. Dans la face sérieuse, le trait des lèvres peintes ouvre un sillon violent et sombre. Mon dégoût cède à cette suggestion. Elle gravit l’escalier, relevant sa blouse noire jusqu’aux cuisses nues.
Ascétique, la chambre : un lit de fer, une cuvette, un savon rose.