— Voici Demurs, dont je t’ai souvent parlé.
L’Amazone est vêtue d’une robe glauque voilée d’une tunique qui la fait apparaître comme enveloppée des flots d’une mer orageuse ou ruisselante d’algues. Le visage et la gorge nue sont d’une teinte ambrée ; les yeux fendus en amande, un peu écartés, les prunelles café baignent dans un blanc légèrement coloré de bleu acier ; le nez incurvé, très mince du bout ; le menton, d’un dessin ferme, volontaire. Quant à la bouche aux lèvres sombres, entr’ouvertes sur des dents neigeuses, elle rassemble tout l’éclat de cette figure. L’ensemble a quelque chose de hautain et même de cruel, et cet éclat exotique qui m’avait déjà frappé dans le visage de Lortal.
Je balbutie des courtoisies apprises.
— Tu l’intimides, dit Lortal à Mathilde. Où est ton mari, le seigneur de ces lieux ?
Mathilde nous guide vers des fauteuils. Le docteur Horace Milondré trône dans la certitude d’être beau, aimé des femmes et d’avoir de l’esprit. On dit de lui : « Il est si spirituel ! Il en a parfois de raides ! Ah ! ces médecins ! » Horace a une cravate de soie verte, presque assortie à la robe de la maîtresse de maison, ce qui m’exaspère. Cet homme élégant a le tort d’arborer en épingle un vrai tournesol de brillants. Les favoris châtains allongent un visage plein, au menton mou, aux lèvres flasques. Sur les yeux incolores pèsent des paupières bouffies, trop roses. Il joue d’une breloque d’or à son gilet de soie. Une main repose sur le drap bien tendu d’un pantalon clair : elle est grasse, courte, les ongles ras et luisants.
Présentation.
— Mais je vous ai déjà vu, jeune homme.
Ce « jeune homme » est une écrasante humiliation.
— Je me souviens. Vous êtes l’ami du petit Jouvelin. Avez-vous de ses nouvelles ? Il vous aime diablement, ce gamin !
Et se penchant vers sa voisine, Mme Villedieu-Beaupré, un spectre jaune emmailloté de soie puce, avec des diamants en poire qui gouttent sous des bandeaux d’un noir magnifique :