— Curieuse histoire !
Il me tourne le dos et chuchote à l’oreille de la vieille dame, qui glousse, je ne sais quels ragots. J’entends :
— Excellente institution… Mais c’est toujours comme ça, dans les collèges… L’abbé Fourmeliès n’est pas assez énergique…
Une tapisserie se soulève.
— Mon mari, dit Mathilde.
Miromps s’approche du cercle. Il est courtaud ; les jambes torses, comme celles d’un cavalier. On dirait qu’il va s’arc-bouter pour saisir un adversaire à la gorge. Tout de suite ses yeux m’attirent : une mince lame grise sous de gros sourcils embroussaillés. La tête est trop volumineuse pour la taille médiocre du personnage. Mais la disproportion ne choque pas, tant les épaules sont robustes. Les cheveux gris cendré, coupés ras sur une nuque massive et sanguine ; la mâchoire épaisse, le menton carré, plus puissant, plus volontaire encore que celui de Mathilde. Cet homme touche aux grands carnassiers. Sa force réside dans sa nuque et dans sa mâchoire. Quaerens quem devoret, ne puis-je m’empêcher de murmurer.
Miromps de Rochebuque est vêtu avec sobriété, d’un vêtement brun. Tout parvenu qu’il est, il a plus de simplicité que Milondré. Celui-ci lui frappe sur l’épaule, avec une familiarité imbécile, croyant le flatter en le traitant en égal.
— Eh bien ! Miromps, comment vont nos pouliches ?
Le mari de Mathilde m’a tendu une main large qui serre bien, qui doit bien étrangler aussi. Toute sa personne dégage une impression de force réservée, plutôt que de sournoiserie. Un pli dur tire la bouche en bas, du côté gauche. J’éprouve pour cet homme une sympathie craintive. Comment Lortal s’acharne-t-il à tourner en ridicule ce personnage d’une autre trempe que ceux qui l’entourent ?
Il y a là un ancien officier, démissionnaire à cause des inventaires : un front étroit et des moustaches à la gauloise, d’un blond fade à pleurer. M. Villedieu-Beaupré a la démarche roide d’un débutant ataxique et la déplorable habitude de sucer ses ongles. Quant à la comtesse d’Escarbagnas, annoncée par Lortal, elle est représentée par Mlle Dubois de Louvrezac, personne sans âge, en satin noir, avec quelques bijoux de famille, et qui joue la parente pauvre.