Il y avait derrière les charmilles un talus en pente douce, recouvert d’une herbe assez haute. Je m’y couchai sur le dos. Une odeur de foin m’enveloppa. Au-dessus de moi palpitait un ciel criblé d’étoiles. Le crissement des grillons vrillait les étendues invisibles. Des doigts herbus me caressaient les joues. De m’être étendu sur la terre, le front vers la nuit, il me vint un apaisement. Ma pensée se perdit dans ce gouffre immatériel où poudroyaient les astres…

Je n’étais pas seul…

Je perçus d’abord, de l’autre côté du rideau de charmes, des pas. Je ne pouvais rien voir, le feuillage étant trop épais. Une voix de femme s’éleva. Je prêtai l’oreille. Point de doute : c’était Mathilde. Lortal l’accompagnait. La charmille était bordée de quelques bancs. Ils s’assirent, à deux pas de moi, séparés seulement par une barrière de feuilles. J’eus honte d’assister ainsi secrètement à leur entretien. Mais la curiosité éveillée par les premières phrases l’emporta. Je restai.

— Tu es dur pour lui, Jacques, disait Mathilde. Tu sais pourtant que je souffre de tes insolences. Tu oublies qu’il est mon mari et que par conséquent…

— Je ne l’oublie pas, coupa sèchement Lortal. Diable non ! Je déteste cet homme. Tu sais pourquoi, j’imagine.

— Je ne sais qu’une chose, c’est que je suis la femme de Miromps.

— Je ne le sais que trop, moi aussi, repartit Lortal. Il n’y a pas là de quoi se vanter.

— Oh ! dit-elle, tu es injuste. Tu sais bien que sans lui ce pauvre Joachim…

— Oui. Il pèse assez lourd, ce service… Sans l’argent de Miromps, Joachim eût fait de la prison… ou plutôt il se serait tué ! Joachim ne l’a pas oublié, ni toi, ni moi, qui étions dans le secret. Mais Miromps l’a-t-il fait assez payer sa générosité ? Et quelle générosité ! Un marché, pas autre chose, un marché dont tu étais la marchandise, toi, Mathilde !

— Ne dis pas cela, Jacques. Il nous a sauvés.