— On va avoir un tennis !

— On ne s’embêtera pas, au cours de physique !

— Un grand congé en novembre, à cause du nouvel évêque !

Le collège nous a repris.


La cour s’était remplie. Tous les internes devaient rentrer avant sept heures. Maintenant la nuit isolait le collège dont les portes se fermeraient bientôt. C’était l’heure où, hier encore, je m’asseyais dans la tiédeur de notre salle à manger, la table mise devant le premier feu d’automne, dont les bûches gardent l’odeur des bois humides, le premier feu qui marque la fin des vacances. Je revis la flamme, son reflet sur le visage de ma mère, la vaisselle du buffet étincelant dans l’ombre.

C’est alors que tu descendis de la terrasse où la nuit se mélangeait aux arbres. Je ne me rappelle plus comment je t’ai abordé. Tu te nommais :

— Lortal ! Jacques Lortal ! Je viens du lycée d’A…

Du lycée ! C’était très rare que l’on vînt du lycée chez nous. Les lycéens, on les disait mal élevés. Nous les enviions secrètement. Ils fumaient. On en voyait dans les cafés, quelques-uns avec des fleurs à la boutonnière de leurs redingotes sombres. Ils lisaient des journaux et des livres à couvertures coloriées. On leur prêtait des aventures. Je connais aussi un lycéen…

Pourtant, tu ne lui ressembles pas. Tu es doux. Un peu grave. Ton vêtement gris est celui d’un homme, d’un homme correct, presque élégant. Tu ne parles pas comme nous. Ta voix est nette, un peu basse.