— Comme il vous plaira, dit Miromps.

— Ils ont profité de la fraîcheur — admirable soirée, n’est-ce pas ? — et se sont peut-être égarés !… Un jeune homme fort bien doué que M. Lortal, n’est-il pas vrai ?

— Fort bien doué, en effet, reprit Miromps. Trop bien peut-être. Manque d’énergie.

— Ses maîtres m’ont fait la même remarque. Beaucoup plus mûr que son âge, d’ailleurs. Un garçon précocement averti… Entre nous, il n’est pas à sa place, ici.

— Tiens, tiens, où devrait-il être ?

— Mon Dieu ! à Paris, dans un grand lycée. Nos collèges ne conviennent pas à ces natures. D’ailleurs, si j’étais entré dans le siècle et si Dieu m’avait fait père d’un semblable fils, je ne l’aurais pas laissé moisir dans les classes. Je l’aurais lâché très vite à travers le monde. Il fera son chemin, je crois, M. Lortal. Mais n’est-il pas orphelin ?

— En effet. Il a un tuteur, son oncle. Le frère de ma femme.

— M. de Los ! Parfaitement. Très brillant avocat, très en vue à A…, si je ne me trompe. Mais n’a-t-il pas dû quitter cette ville ? Certaines spéculations…

— Je n’en sais rien, fit brutalement Miromps.

— Pardon ! reprit onctueusement le grand vicaire. Ce sont des affaires de famille. Mais, voyez-vous, nous autres prêtres, sommes parfois, et bien malgré nous, mis au courant des vicissitudes temporelles de nos ouailles. Or, j’ai été quelque temps vicaire à A… et j’ai connu un peu M. de Los qui me témoigna de l’amitié et qui, soit dit en passant, est un vieil ami de cet excellent Fourmeliès. J’avais aperçu Mme de Rochebuque, alors qu’elle était encore Mlle de Los. Elle n’était d’ailleurs pas de mes pénitentes.