Et c’est une supplication déchirante.
— Je t’aime aussi, Jacques. Et tu le sais…
Des branches craquent. Une lutte invisible. Un cri étouffé. Des souffles s’affrontent.
— Non jamais, jamais… Ce serait irréparable !… Je mourrai ensuite… Je ne peux pas te dire, Jacques… Mais tu ne veux pas me tuer… Laisse-moi, Jacques… Je suis enceinte !…
Le silence.
Cette scène dont je ne pouvais voir les auteurs, mais dont je devinais dans leurs voix l’atroce intensité, ce drame derrière une muraille d’ombre, avait desséché ma gorge. Je n’eus qu’une hâte : fuir. Avec des précautions infinies, je gagnai la crête du talus. L’heure était avancée. Sans doute, ma division avait déjà regagné son dortoir. J’étais en retard, en faute. J’éprouvais des sentiments violents et confus : pitié pour Mathilde ; pitié mêlée de colère pour Lortal, et surtout une espèce d’effroi devant ce visage brutal de la passion qui cette nuit m’apparaissait pour la première fois. Était-ce là l’amour ? Si proche de la haine. Et ce cri qui avait terminé la lutte !…
J’étais arrivé au bord de la terrasse. Quelques lampes vacillaient encore aux fenêtres. Deux ou trois lanternes de papier brûlaient dans les arbres. Je vis deux ombres s’acheminer par l’allée en pente qui conduisait jusqu’à moi. Je reconnus le vicaire Doublemaze et Césaire-Auguste.
Doublemaze avait affectueusement posé son bras sur l’épaule de Miromps, dont l’ombre dessinait un torse énorme sur des jambes ridiculement courtes. Leurs voix s’élevèrent, dans la nuit.
— Mme de Rochebuque, disait le grand vicaire, était là tout à l’heure avec le jeune Lortal, votre neveu ou cousin, je crois.