— Jacques, tais-toi.
— La vérité est amère. Elle ne me fait pas peur. Je n’ai pas besoin de littérature. Et puis il me semble que je te hais, Mathilde, aujourd’hui — que je te hais à cause de notre passé, de ce que tu as fait de notre amour. Notre enfance, le temps où tu me prenais dans tes bras, nos parties de cache-cache dans la grange, nos séjours à la « Folie », le vieux pistolet à pierre dont tu me menaçais quand j’embrassais des photos de femmes dans le cabinet de Joachim, nos promenades de l’an passé — il n’y a pas si longtemps, Mathilde — le soir où je t’ai dit mon secret — ce secret que tu devinais si bien — tout cela pour aboutir à quoi ? A une lettre de faire-part : Mme Miromps de Rochebuque. Et moi, qu’est-ce que je devenais, là-dedans ?…
Il rit à nouveau d’un rire qui cassait le silence nocturne.
— Je sais ce que tu vas me dire. Je garde ton affection, le coin le plus pur, le plus intime de ton cœur. Toutes les femmes disent ça. Des mots et encore des mots ! Comme toute la vie d’ailleurs. Comme mon amour lui-même ! Après tout, nous ne valons pas mieux l’un que l’autre !
— Jacques, tu es odieux !
— Je suis franc. Coule ta lune de miel en paix, avec M. de Rochebuque. Quant à moi…
— Jacques, ne sens-tu pas le mal que tu me fais ?
Voix tragique derrière ce feuillage immobile. Je n’oublierai jamais ce soupir, cet ahan d’une âme accablée.
Mais la voix de Lortal aussi est changée.
— Pardon, amie, pardon ! Je suis une brute. Moi aussi, je souffre trop ! Je t’aime. Je ne peux renoncer à toi. As-tu donc tout oublié !