— Oui, je suis libre. Mais c’est cette liberté même qui m’enchaîne. Je suis libre ; mais je ne peux pas agir. Parce qu’il est là, lui, mon mari.
— Ton mari !
— Oui, mon mari — aussi ridicule que cela puisse paraître pour moi d’avoir épousé ce Miromps, aussi triste, aussi dégradant, si tu veux — mon mari…
— Tu l’aimes donc ?
— Je me demande parfois si je ne le hais pas. Le plus souvent, c’est de la pitié qu’il m’inspire — pitié pour lui, pitié pour moi.
— Tu es malheureuse par ta faute et tu ne lui donneras pas de bonheur.
— Possible. Mais je me suis donnée à lui. Cela suffit.
— Tu te trompes, Mathilde, et tu me trompes par-dessus le marché. Tu aimes ton mari. Au fond, il t’a séduite, cet aventurier. Si tu avais pu entendre ta voix, à l’instant. Quelle flamme ! Quel lyrisme en parlant de lui : « Il est de la race qui domine ». Bravo, ma chère ! Mais c’est de la passion !
La voix de Lortal était sourde, hachée.
— Et puis, vois-tu, continua-t-il, le mariage n’a pas été une si mauvaise affaire, j’en conviens ! On a hôtel, écurie, une chasse bientôt, je pense…