Et, souillé de terre, saignant d’égratignures, triomphant, Jérôme Carvès surgit de l’abîme.

— Epatant ! — me dit-il, dès qu’il put respirer.

Il penchait sur moi son visage labouré de traces saignantes.

— C’est pas difficile, — me dit Jérôme. — Tu verras. Ça ne descend pas trop. Faut s’habituer à l’obscurité. On suit une espèce de couloir, puis on arrive à une salle pleine d’eau, avec des colonnes et des choses qui ont l’air d’énormes bêtes accroupies, et d’autres qui ressemblent à des géants morts. On voit mal, tu sais. Le pire, c’est les bêtes qui volent et qu’on ne voit pas. On entend des ailes très haut, sous les voûtes. Il y avait aussi des bêtes dans l’eau, de gros crapauds, je pense. J’ai vu luire quelque chose de blanc à terre. C’était une carcasse, des os de mouton. La corde m’a bien servi pour remonter. Je n’aurais pas pu sans ça. Je ne regrette pas la course. Mais faudra revenir !

Et, confidentiel, la voix basse et le regard grave :

— S’il y avait un trésor caché là dedans ? Dis, on serait riche tous deux !

Cette nuit-là, mon sommeil fut hanté de visions, de grottes peuplées de monstres et de gnomes : une pieuvre enlaçait Carvès ; il avait la figure bleue du noyé que j’avais vu, un soir, en me baignant dans la Dordogne, dérivant au fil de l’eau, ballonné comme une outre.

Et Carvès parvint à ses fins. Il me conduisit dans le « gour ». L’accès n’en était pas très difficile, mais d’énormes chauves-souris, au vol obscur et mou, me faisaient rendre l’âme. Carvès et moi étions écrasés de cette magnificence ténébreuse. Mais Jérôme revenait toujours à son idée : le trésor. Il s’aventurait dans des anfractuosités pleines de grouillements obscurs, plongeait ses bras dans des cavités humides. Tout le temps que dura cette folie, il fut inquiet, irritable, violent même.

Je devais plus tard me rappeler l’histoire du « gour » au trésor !