Carvès écoutait.

— Ça gronde, — dit-il, flegmatique. — Il doit y avoir de l’eau.

Il prit une pierre et la laissa tomber. On entendit le caillou rebondir et rouler pendant deux minutes au moins. Jérôme ne semblait pas ému le moins du monde, mais ses yeux brillaient.

Nous avions une longue corde volée dans la remise ; il la noua autour de sa ceinture, m’en mit une extrémité à la main et me recommanda de l’enrouler autour d’une racine, et de la laisser filer au fur et à mesure qu’il descendrait dans le trou, en s’aidant des pieds et des mains à la paroi. Une sueur glacée mouillait mon front, malgré la canicule. Carvès, très calme, retroussa sa blouse d’écolier. Il avait les pieds nus, mais calleux à souhait.

— Si tu sens la corde se tendre, — me dit-il, — tu tireras de toutes tes forces. Si tu ne peux me remonter, tu l’attacheras solidement et tu iras chercher du secours. N’aie pas peur, dit-il, je ne risque rien.

Il aurait pu flétrir ma couardise. Il ne le fit pas et ma honte en fut accrue.

A plat ventre, s’agriffant aux broussailles, sans crainte des épines, Carvès se laissa descendre doucement le long de la déclivité ; tout en surveillant la corde, je me penchai à mon tour. Une bouffée humide et froide me glissa sur le visage. J’eus un frisson d’horreur. Déjà Jérôme n’était plus visible. La corde se déroulait, entraînant un peu de gravier.

Une heure, je demeurai ainsi, penché sur le gouffre, insensible aux rayons qui frappaient ma nuque, le cœur étreint d’angoisse. La corde, parvenue à l’extrémité de son déroulement, était tendue par un poids lourd. Mes tempes battaient, un cri allait-il jaillir de ce puits d’ombre ?

Tout autour de moi, le Causse désert vibrait de chaleur.

Quelques secousses saccadées roidirent la corde. J’attendis. Une autre secousse. Alors, de toutes mes forces, je tirai, je tirai, les veines des tempes gonflées à éclater.