— Vaya usted con Dios, caballero.

Les syllabes sonores retentirent comme l’écho du même adieu, sur le pont de la Mariquita, le soir de Trinidad, où nous partîmes…

— Vaya usted tambien, — répondis-je.

Quand le groupe eut disparu à la lisière de la forêt, Pablo réapparut.

Nous plantâmes la croix de bois et Pablo colla sa bouche contre terre pour parler encore une fois à la « Señora ».

Il se releva, laissa tomber ses bras en signe de découragement.

— Pobre señora ! — m’expliqua-t-il. — Comme le sang de l’Espagnol l’aurait réjouie dans le monde des Esprits ! Vaya ! Vaya ! La Señora aurait aimé boire dans ses mains le sang bien chaud de son ennemi. Parce que la Señora n’était pas une femme et qu’elle avait l’âme d’un guerrier.

Il baissa la tête, songeur, et je pensais qu’il évoquait la Señora chevauchant dans le royaume des ombres, à la suite des anciens chasseurs de sa tribu, des guerriers d’autrefois.

Puis, sans transition, tournant la page des morts, il m’expliqua qu’il fallait rejoindre un village indien assez proche. Je compris qu’une femme lui voulait du bien et qu’elle nous procurerait des chevaux. Nous trouverions aussi des vivres. Et nous nous mettrions en route pour rejoindre Carvès.

Nous obtînmes trois chevaux et deux mules, sur lesquels nous chargeâmes quelques sacs de farine de manioc, des bananes et de la viande desséchée, coupée en lanières, ainsi que des outres d’eau. Nous n’avions que très peu de conserves, et les munitions de ma carabine étaient si réduites qu’il ne fallait guère songer à la chasse.