Ici s’était terminée l’expédition de Jérôme Carvès, prospecteur.
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Il survivait.
Il rouvrit les yeux, dans la chambrette du blockhaus, étendu sur le lit de camp. Et il sourit. Il pouvait encore sourire.
Voici l’aventure qu’il nous conta, le jour où il fuma son premier cigare — fameux, les cigares du teniente Armilla ! — particulièrement fameux pour quelqu’un qui revenait de loin…
Carvès avait quitté le Placer de la Désolation avec une vingtaine d’hommes. Le cinquième jour de marche, comme ils allaient commencer l’ascension, un petit groupe de sept ou huit mineurs demanda à se séparer et à regagner Puerto-Leon. Carvès consentit et régla leur part. Il demeura donc avec une douzaine d’hommes, dont José le Basque, qui déclara à Carvès :
« — Patron ! Je ne crois pas beaucoup à votre Eldorado ; à mon avis, il n’y a pas beaucoup de bon dans tout cela. Mais votre geste me plaît et je vous suis.
« La montée, — dit Carvès, — s’accomplit à merveille, sans grande fatigue. L’air de la montagne vivifiait les hommes épuisés par un long séjour dans la forêt. Parvenus sur le haut plateau, je reconnus le couloir signalé dans le rapport Grünenhaus. Le professeur de Bonn n’avait pu franchir ces formidables éboulis et avait réservé cette tâche pour plus tard. Le destin ne lui permit pas de l’accomplir. L’obstacle était d’importance. Nous perdîmes beaucoup de temps à vouloir le contourner ; mais un à-pic de plusieurs centaines de mètres rend le détour impossible. C’est à cette perte de temps que je dois la vie, puisqu’elle vous a permis d’arriver assez tôt.
« On franchit à grand’peine la première barrière ; on suivit la faille, le labyrinthe. Les hommes étaient saisis d’une crainte vague, grognaient qu’on faisait là un drôle de « business ». Toutefois l’aspect des parois schisteuses pailletées leur donnait à espérer qu’on était dans un terrain aurifère. Ils ne savaient pas où je les conduisais, mais j’avais convaincu José Yrribaren, et les autres marchèrent de confiance. Nous fûmes obligés de déblayer le couloir tortueux, encombré par les débris de parois qui s’effritaient perpétuellement.
« Au bout de trois jours d’un travail de taupe, à la lueur des torches, nous découvrions une ouverture étroite et basse par où filtrait un filet de jour.