Notre petite colonne ne tarda pas à trouver de nouvelles traces du passage de Carvès. A quelques heures de marche du fortin, à l’ouest, mon ami avait campé. De là, des traces toutes récentes indiquaient que Carvès avait continué tout droit vers la crête, le versant devenant de moins en moins abrupt.
Les vestiges du dernier campement, nous les découvrîmes sur un haut plateau muré par des falaises à pic qui barraient complètement le passage. Une sorte de couloir s’ouvrait cependant dans cette muraille, mais il était obstrué par d’énormes éboulis.
Les traces fraîches contournaient la ceinture de falaises pendant un long parcours, puis comme si l’espoir avait été perdu de trouver une autre issue, les traces revenaient jusqu’au lieu du campement. Le sol était piétiné : une troupe avait fait là un assez long séjour.
Le haut plateau était désert.
En dehors des vestiges du camp, pas la moindre trace de vie. Pas un bruit ne troublait le silence des altitudes.
La nuit tombait.
— Ces traces ne continuent pas, dit le teniente. Elles aboutissent ici, sur ce plateau et ne redescendent pas. Les hommes qui ont campé se seraient donc enfoncés dans la terre ou envolés dans le ciel ! Il faut suivre ce couloir !
Ce n’est qu’au prix de mille difficultés que nous pûmes franchir la barrière rocheuse qui en interceptait l’entrée.
Il fallut employer des crampons, des cordes. Derrière cet éboulis, résultat sans doute d’une ancienne avalanche, une faille étroite permettant à peine le passage d’un homme chargé s’ouvrait dans une falaise schisteuse. C’était un second couloir, mais moins large que le premier et qui s’enfonçait dans l’intérieur de la falaise, selon un plan assez incliné. Une bande de ciel bleu cru joignait les deux parois. Le lieutenant Armilla en tête, suivi de Pablo, de moi et d’une dizaine d’hommes, pénétra dans la faille. Brusquement le couloir tournait et s’enfonçait sous une voûte. Il fallut allumer des torches. La paroi luisait d’une teinte pourpre, sous les flammes oscillantes, et des étincelles s’allumaient dans l’ombre, comme si le rocher eût été incrusté de paillettes d’or. Le passage était des plus étroits, parfois de pente très rapide. Nous étions déjà descendus en profondeur d’une centaine de mètres, quand Armilla s’arrêta : toute la colonne fit halte dans le boyau.
Une odeur de salpêtre nous saisit à la gorge…